« Je suis une bête rare. Un biologiste qui enseigne les mathématiques, cela n’existe pas. » Difficile de s’inscrire en faux avec l’affirmation de ce professeur de mathématiques qui a toujours aimé les sciences et ce aussi loin qu’il s’en souvienne. Pour quelle(s) raison(s)? « Par curiosité ! Une curiosité sur tout ce qui m’entoure. »

Suite de la rencontre

Une curiosité qui le pousse à intégrer les classes préparatoires aux grandes écoles BCPST. Un choix téméraire. Pour Jacques Taillet, point de Grandes Écoles! Direction l’Université Pierre et Marie Curie où son rêve d’une formation double diplômante en biologie et mathématiques se heurte à un mur. Oserions-nous citer Benjamin Delesser pour qui si « l’adversité conduit les esprits faibles au désespoir ; elle fortifie les âmes élevées »? Sa maîtrise de biologie moléculaire en poche, notre homme effectue son service militaire, s’oriente vers un DEA avant de faire machine arrière… la recherche, ce n’est pas pour lui. Pas question de se lamenter sur son sort. Ce n’est pas le genre de la maison. Et notre homme de citer Alexander Graham Bell - « lorsqu’une porte se ferme, il y en a une qui s’ouvre » - et de nous rappeler que « nos échecs sont une chance ». En l’occurrence celle de suivre une autre voie… Pour Jacques Taillet, ce sera l’Éducation Nationale. Le voilà vacataire. Ses journées, il les passe à enseigner la biologie. « J’ai trouvé cela merveilleux comme métier. J’ai tout de suite eu le coup de foudre ! J’ai trouvé un endroit où j’étais heureux. » Jacques Taillet a trouvé sa voie. Et une certaine frustration… « Que voulez-vous faire, pédagogiquement parlant, lorsque vous n’avez des élèves qu’une heure et demie par semaine ? » Sa solution: passer le CAPES de mathématiques en parallèle de son activité de maître auxiliaire. Un pari un peu fou. Oubliez l’IUFM! « Je me forme tout seul » Résultat? « Je ne l’ai pas ! » Rien d’étonnant: « je travaille 23 heures par semaine et je passe un CAPES dans une discipline qui n’est pas la mienne. » Pas de quoi le décourager. La seconde fois sera la bonne. Notre autodidacte décroche son CAPES de mathématiques. Le voilà désormais à même d’exercer le métier de ses rêves : « être devant des élèves c’est un bonheur absolu. Il n’y a rien de plus beau sur terre. » Un métier qu’il va exercer en collège à Athis-Mons puis en lycée à Massy à partir de 2006. « Pourquoi Vilgénis ? Parce que j’ai eu l’impression qu’il y avait des choses à faire. » Et notre biologiste d’enseigner les mathématiques à des élèves de Première S puis de Terminale S et de créer un atelier scientifique parrainé par Vincent Bansaye du CMAP ou Centre de Mathématiques Appliquées. Notre homme craindrait-il l’ennui ? « Non ! » Vous l’aurez deviné, Jacques Taillet est un homme de projets. Mais au fait pourquoi avoir créé cet atelier? Pour amener ses élèves à faire des mathématiques, pardi. Et son raisonnement est sans faille. « Il y a très peu d’élèves qui font des mathématiques après le Baccalauréat alors que les mathématiques sont tout autour de nous. Partout. Je pense qu’elles sont fondamentales dans le monde d’aujourd’hui. Mais comment les y intéresser ? L’idée a été de se dire et si je créais un atelier où l’on s’intéresserait à des sujets choisis par les élèves et qui nous amèneraient immanquablement à faire des mathématiques… puisque les mathématiques sont partout. » Mais au fait, sur quelles questions choisissent-ils de travailler? Secondes, Premières et Terminales ne manquent pas d’imagination. Il en faut pour se demander si l’on peut modéliser les rapports proie-prédateur (2011 - 2012) ou si une épidémie de dengue pourrait se propager en France (2013 - 2014). Des interrogations auxquelles ces élèves apportent des réponses à travers la présentation d’hypothèses, la réalisation d’expériences, la discussion des résultats, l’amélioration de leur travail ainsi que la réalisation de modélisations. Les voilà lauréats du prix Schlumberger de la
Fondation C.Génial (2013 - 2014)! Et pas question de s’arrêter là. Les voilà qui s’intéressent au réchauffement climatique (2015 - 2016) puis qui adhèrent au programme «Météo à l’école». Leur objectif: utiliser les données statistiques de la station météo prêtée par «Sciences à l’école» pour rendre autonomes en énergie deux salles du lycée Parc de Vilgénis (2016 - 2017). Et les voilà lauréats du Trophée Shannon! Fier, Jacques Taillet? « Je suis fier que mes élèves brillent ! » Et si c’était à refaire, il ne changerait rien. « Mon objectif est de permettre à mes élèves d’aller le plus haut possible. » Envie de découvrir d’autres horizons? « Je ne me le suis jamais demandé pour la simple et bonne raison que je suis heureux dans ce que je fais. » Et quand il ne fait pas des sciences? « Être avec les miens c’est hyper important. Être avec quelqu’un qu’on aime c’est merveilleux. »

1989 : Premier cours devant une classe en SVT
1992 : Titularisation en mathématiques (collège) premiers travaux numériques
1997 : Internet dans ma salle de classe
2006 : Arrivée à Vilgénis
2011 : Début de l’atelier scientifique de Vilgénis