LUCIE JARRIGE

10/12/1990 : A star is born
29/08/2006 : Amputation fémorale gauche
09/2013 : Premier cours d’escalade
6/04/2014 : Première compétition d’escalade à Massy (Challenge National)
16/09/2016 : Titre de championne du monde à Bercy

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Dire que Lucie s’imaginait en sportive de haut-niveau alors qu’elle était enfant serait mentir. « Petite, je voulais être pharmacienne ». Et la jeune femme d’éclater de rire. « Je voulais vendre des médicaments aux gens. » Le sport ? « Je ne m’y suis mise qu’à partir de mes 10 ans ». Et encore ! « Une fois par semaine ». Elle est ce qu’on appelle une « sportive du dimanche » pour reprendre ses propres termes.

Lucie a 15 ans lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer des os. Un coup de massue. « On se demande pourquoi cela nous tombe dessus. » La réponse à cette question, elle concède ne pas l’avoir. « Et je ne l’aurais jamais. » Pas question pour autant de rendre les armes sans se battre ! Si elle remporte la première victoire, elle perd malheureusement la guerre. C’est la rechute. De nouveau la chimio. En 2006 une maladie nosocomiale la contraint à se faire amputer de la jambe gauche. Dire que cet évènement va profondément bouleverser sa vie relève de l’euphémisme.

C’est à ce moment que Lucie décide de se remettre au sport. Son choix se porte tout naturellement vers la natation. « Mon père a été maître-nageur dans sa jeunesse alors autant dire que dans ma famille nous sommes tous passé par la case piscine » nous explique-t-elle en souriant. Ce n’est évidemment pas la seule raison. « Je voulais un sport que je puisse pratiquer sans ma prothèse. » Ce sera donc la natation. « J’en fais trois ans durant, six jours sur sept à raison de trois heures par jour. » Lucie n’est pas du genre à ménager sa peine. « Je suis quelqu’un qui travaille beaucoup. » Et c’est peu dire. Car la jeune femme originaire d’Agen mène une double vie. Quand elle ne nage pas, elle occupe les amphithéâtres et les salles de classe de l’université de Bordeaux. Mais la Gironde n’est qu’une étape. Son avenir s’écrira ailleurs. À Massy plus exactement où elle s’installe après s’être inscrite en Master à Orsay.
« Lorsque j’arrive à Massy, je reste un an sans faire de sport. » Pourquoi ? « Il faut que je m’adapte à la vie parisienne et cela demande un an. » Les heures qu’elle pouvait passer dans la piscine, elle les passe désormais dans les transports en commun et cela ne lui sied guère. « Je me suis dit que je ne pouvais pas continuer comme ça. » Se remettre au sport, voilà ce qu’il lui faut. Direction la Fête des Associations où elle rencontre des membres de l’ESM Escalade. Et Lucie de découvrir une discipline qui l’éclate. « Ce que j’aime c’est que je monte sans prothèse, je peux donc faire ce que je veux, je suis libre de mes mouvements, je peux faire plus de choses sur le mur que dans la vie de tous les jours. »

Lucie va pratiquer l’escalade durant un an par « pur plaisir » – malgré quelques crises d’angoisse dues au vertige – avant que la compétition ne pointe le bout de son nez au cours d’une conversation. Séduite par l’idée de concourir, notre future sportive de haut-niveau commence à s’entraîner « sérieusement » en vue de participer aux championnats de France. « Et là, je m’aperçois que je suis la seule en France à grimper dans ma situation. » Sa situation ? « Amputée jambe. » « Les championnats de France se résument donc à une bataille entre moi et les voies que je dois sortir. »

Victoire ! Les heures d’entraînement paient !
Mais Lucie ne peut pas pour autant prétendre au titre de championne de France « pour la simple et bonne raison que je suis la seule à concourir et que donc je ne peux que gagner. Je n’ai donc pas le titre de championne de France…»
Lors des championnats du Monde au Palais Omnisports de Bercy en septembre 2016, elle se retrouve pour la première fois face à des adversaires de sa catégorie. Première impression ?
« On flippe vite. On se demande si on a le niveau ». Notamment au moment de grimper. Lorsque son tour arrive, Lucie se rate quelque peu. « Je n’arrive pas en haut ». La déconvenue est totale pour la jeune femme. À tort ! « C’est lorsque j’arrive au bas du mur que le speaker m’apprend que je suis championne du monde. » se souvient-elle en souriant. « Je suis passé en l’espace d’une seconde de la plus grande déception à la plus grande joie de ma vie. »

Il ne lui aura fallu que trois ans pour devenir championne du monde en handi-escalade. Trois années durant lesquelles notre sportive n’a pas fait que s’entraîner. « Je ne sais pas comment cela se passe pour les athlètes valides mais en handi-escalade je peux vous dire que l’on n’est pas payé pour grimper. Je n’ai donc pas laissé tomber ma carrière professionnelle. » Lucie prépare en effet une thèse en chimie organique à Gif-sur-Yvette. « C’est ce qui occupe 95 % de mes journées, les 5 % qui restent c’est l’escalade. »

L’avenir ? Elle l’évoque avec sérénité. Il faut dire que la jeune femme a à peine eu le temps de célébrer son titre mondial. Une semaine après Bercy, la voilà qui participe à une épreuve de Coupe du Monde en Angleterre. Un rendez-vous qu’elle aborde avec une grosse pression. « Je voulais prouver que ce qui s’était passé à Bercy n’était pas dû au hasard. » Résultat ? « J’ai gagné ! ». Son objectif  consiste désormais à garder son titre lors des prochains championnats du monde dans deux ans. Et après ? Qui sait ? « Un petit titre olympique en 2020 ? On peut se mettre à rêver. »