Christian Maugein, directeur du Centre Culturel Paul Bailliart, est de ces personnes que l’on rêverait d’avoir à ses côtés au moment de tester sa culture musicale au détour d’un blind-test. À tort ! « Je suis nul en matière de quiz », confesse-t-il avec candeur avant d’ajouter : « Je suis un généraliste, pas un spécialiste ».

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Sa culture musicale ? « Ma mère écoutait Brel », explique-t-il avant de se souvenir du sixième enregistrement studio des Beatles – « Rubber Soul » – offert par son frère aîné puis de son adolescence, de ces après-midi passées à écouter des albums et à se forger une culture musicale dans une FNAC transformée en caverne d’Ali Baba. Les Britanniques de Led Zeppelin et les Américains de The Grateful Dead ou de The Chicago Transit Authority y côtoient les Français d’Imago. De quoi lui donner envie de suivre leur exemple ? « Mes expériences musicales se sont avérées assez désastreuses », confesse-t-il en riant, « et se sont donc arrêtées assez vite. » Qu’importe ! Christian a une autre passion. Notre homme évolue dans un univers de comédiens et confesse un intérêt marqué pour le théâtre. Au point d’assister à nombre de représentations théâtrales. Ariane Mnouchkine ? « Une claque ! » Jean-Claude Penchenat ? « Idem ». Massy ? Christian y arrive au hasard des mutations de poste. Direction le Centre Culturel Paul Bailliart, une scène généraliste qu’il va réinventer en scène de musiques actuelles. Si certains y voient une gageure, Christian, lui, ne l’entend pas de cette oreille. Et l’époque lui a donné raison. Si Paul B s’est construit avec le public et le public s’est construit avec Paul B – pour plagier son directeur – c’est grâce au travail de programmation de Christian et de son équipe. Pas question pour notre homme de choisir les groupes qu’il va programmer en écoutant tranquillement des CD dans son bureau. « Je ne programme pas des disques mais du spectacle », explique avec ferveur ce noctambule qui passe la majeure partie de ses soirées dans des salles parisiennes à la recherche de groupes à programmer. Le plus compliqué dans son métier ? Réussir à programmer des artistes pertinents dans des styles qui ne lui sont pas familiers. Un éclectisme qui constitue l’ADN même des Primeurs. Un festival qui fête aujourd’hui son vingtième anniversaire. Et Christian de se remémorer ses soirées parisiennes en compagnie de son ami producteur, Olivier Poubelle, et de leur idée de créer quelque chose d’inédit. Mais encore ? Un festival consacré aux premiers albums permettant à Christian de programmer des artistes difficilement programmables en dehors de ce cadre. Pourquoi ? « Parce que programmer un artiste qui n’a pas encore trouvé son public s’avère compliqué ! » Pas faux ! À travailler sur l’émergence, Christian a côtoyé des artistes qui ont depuis tutoyé les sommets à l’image de Camille ou d’Emily Loizeau. S’il met en lumière les futurs grands noms de la musique depuis vingt ans, Christian ne se targue pas de détenir la vérité. Pourquoi ? « L’on s’est tellement planté sur nos prévisions », explique-t-il. Un exemple ? « Prenez Camille que nous avons accueillie aux Primeurs en 2002. » Si Christian reconnaît le talent de l’artiste, il confesse que personne ne pouvait prédire le succès rencontré par son deuxième album, « Le Fil », sorti en 2005. Moralité ? « Certains artistes rencontrent leur public. D’autres pas. » Vous trouvez-cela injuste ? « Des injustices dans le monde du spectacle il y en a tous les jours. » Ne perdez donc pas votre temps à parier sur l’avenir de Juliette Armanet, de Tim Dup ou sur celui de Malik Djoudi et laissez-vous emporter par la programmation éclectique de la vingtième édition des Primeurs. Si Christian programme des artistes si différents les uns des autres c’est parce qu’il défend l’idée d’une porosité entre les genres musicaux. « C’est une conception sociale et politique que de dire qu’il ne faut s’enfermer sur rien, que ce n’est pas parce que cela vous est étranger que ce n’est pas bien. Alors essayons de faire l’effort d’aller vers l’autre. C’est important pour nous et pour la société. »

1973 : Tâtonne de la guitare pour faire comme Hendrix, premier naufrage.
1977 : Revente de quasi tous ses 33 tours chez un disquaire d’occasion de la rue de Rennes, regret.
1979 : Tente le saxophone pour jouer Coltrane, deuxième naufrage.
1994 : À défaut de jouer de la musique décide d’en programmer.